Jamesbonderie

Dans l’aterlier de Skriban ce dimanche, il fallait placer des mots, ou plutôt des titres de films de James Bond, le plus british des espions du cinéma. Voilà ce que cela donne. Les mots et titres à placer sont signalés en gras.

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Le paysage défile sous ses yeux, brouillé par la pluie qui s’abat sans relâche sur la vitre du compartiment. Par moments, suivant la luminosité, elle peut apercevoir son reflet dans la glace. Un visage banal, pensif. Sans substance. Son portable sonne, signalant la réception d’un sms. « Bons baisers de Russie ». Sa mère, partie avec un homme, un autre, pour une semaine à Saint Petersbourg et Moscou. Sous la neige. Quelle idée ! Remarque, quand on descend dans des cinq étoiles… Yolande est une véritable mangeuse d’hommes. Une mangeuse d’hommes globe-trotteuse. Elle ne choisit que des vieux beaux richissimes qui l’emmènent aux quatre coins de la planète. Emilie estime que pour sa mère, le monde ne suffit pas. Elle dévore la vie, les hommes, les autres. Tout. Elle se lasse si vite. Depuis que le père d’Emilie est décédé, il y a dix ans de cela, Yolande a parcouru les sept continents. Quarante ans et une vie bien remplie. Elle le mérite probablement. Mère à 18 ans, un accident bien sûr, mariée au père, amateur de gadgets en tout genre. Secrétaire médicale, dans le cabinet du village, dans l’Indre. Quoi de plus éloigné que ses rêves de gamine, Paris, la mode, les sorties?
Heureusement pour elle, Jean-Jacques est mort d’un cancer. Veuve pas vraiment éplorée, avait décidé qu’on ne vivait que de deux fois, et qu’elle entamait dès alors sa deuxième vie. Yolande avait raflé les économies familiales (conséquentes, vu l’avarice du bonhomme), rafraichi de quelques coups de bistouris bien sentis ses traits avachis par l’ennui et fréquenté assidument les soirées people. Emilie n’a toujours pas compris comment une provinciale jamais sortie de son Berry natal avait réussi à entrer dans des soirées mondaines. Evidemment, il n’y avait pas que le gratin, et les débuts furent laborieux. Entre les Michael Beretta et autres stars – si l’on peut dire – de la télé poubelle, Yolande – ou plutôt Lara – comme elle se faisait appeler désormais, avait un peu ramé. Et puis, au hasard d’une rencontre dans un hall de palace, elle avait mis le grappin sur un producteur de films. Là avait commencé sa découverte du monde. Dom Perignon, Maseratti. Elle avait fait sienne la phrase « les diamants sont éternels » en la concluant par « et sont un excellent placement ».
Et Emilie dans tout ça ? Galérienne de l’édition, abonnée aux CDD, vivant dans un petit studio hors de prix dans le 14ème, elle n’avait droit qu’à de rapides et impersonnels sms. Dans ce train qui la menait vers Strasbourg et un salon de l’édition à rencontrer de pseudos auteurs qui s’imaginent que leurs manuscrits pédants et boursoufflés sont les nouveaux Goncourt, elle se sent vide et sans substance. Elle a hérité des formes avantageuses de sa mère, mais elle les cache dans des habits sans style, sans féminité. Elle ne sait pas qu’elle est jolie. Ou alors elle préfère l’ignorer. Elle aimerait qu’un homme lui dise « rien que pour vos yeux, je… ». Mais elle a trop peur de tenter sa chance. De se jeter dans le grand bain. Alors, elle lit. Elle soupire, sa respiration venant embuer la vitre, lui cachant définitivement ce triste paysage de vignes taillées, sans feuilles. Comme abandonnées. Attrapant son sac, elle en sort sa lecture du moment, un excellent thriller, Opération Tonnerre, où une jeune héroïne aussi intrépide que sexy se démène pour arrêter un terrible trafiquant de drogue colombien. Dans ce cinquième chapitre, Marliza s’aperçoit que non, tuer n’est pas jouer. Ses escarpins tachés de sang en sont la preuve. Mais heureusement, Vincenzo, son co-équipier sur-équipé (de partout, si l’on en juge son jean un brin serré) est là pour la consoler. Elle voudrait que demain ne meure jamais…
Soupir de contentement d’Emilie et frisson d’anticipation à l’idée des scènes croustillantes qui s’annoncent. Y’a pas à dire, la bonne littérature, ça vous fait oublier tous vos soucis !
***
Les textes des autres participants, très variés, sont à lire ici.

A propos Deirbhile

Après réflexion, et avoir laissé ma timidité au placard, je décide de publier mes (très) modestes écrits. Ceux qui me viennent dans l'instant, ceux que je produis dans le cadre d'ateliers d'écriture. C'est un plaisir personnel, sans autre objectif que de s'amuser avec des mots, des idées, des images. Afficher tous les articles par Deirbhile

2 Réponses à “Jamesbonderie”

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